Ils n’étaient plus que deux à la fin de l’année dernière, deux poilus encore vivants, derniers témoins de la Grande guerre. C’est désormais terminé. Lazare Ponticelli vient de décéder à l’âge
de 110 ans. Soit un mois et demi après Louis de Cazenave, décédé aussi à l’âge de 110 ans.
Louis de Cazenave avait refusé les funérailles nationales promises en 2005 par l’ancien président Chirac pour le dernier des 8,5 millions de "poilus". Le dernier, c’est désormais Lazare
Ponticelli. Et lui aussi a refusé la proposition de Jacques Chirac.
"Si c’est moi le dernier, je dis non. Ce serait un affront pour les gens qui sont morts sans considération",
déclarait le "der des der". Agé de 110 ans et de deux mois le cadet de Louis de Cazenave, Lazare s’est engagé à 16 ans en 1914. Un mois plus tard, il est sur le front, puis dans les tranchées
du Nord. Soucieux de témoigner, le dernier "poilu" a raconté la guerre de 1914-1918 aux enfants, dans les écoles, pour qu’ils n’oublient pas. De la même manière, il participe tous les ans aux
commémorations du 11 novembre, pour rendre hommage à ceux qui sont morts au front.
"Pendant la guerre, un camarade m’a dit "Si je meurs, vous penserez à moi", et je n’ai jamais
oublié."
En 1914, il avait triché sur son âge pour s'engager à 16 ans dans la Légion étrangère et défendre sa patrie d'adoption sur le front de l'Argonne, avant de combattre en Italie.
En 1921, Lazare Ponticelli décide de s'établir définitivement en France. Il demande et obtient la nationalité française en 1939, lors du déclenchement du second conflit mondial, au cours
duquel il sera actif dans la Résistance.
Dans son communiqué, le chef de l'Etat rend hommage à cet entrepreneur dont la société, créée une fois la paix revenue, "emploie aujourd'hui plusieurs milliers de personnes".
"Lazare Ponticelli pensait devoir beaucoup à la France. J'affirme aujourd'hui que c'est notre pays qui lui est redevable car il lui a donné le meilleur de lui-même dans les heures les plus
sombres comme dans les jours heureux", écrit-il.
"C'est à lui et à sa génération que nous devons en grande partie l'Europe pacifique et pacifiée d'aujourd'hui. A nous d'en être digne", ajoute le chef de l'Etat, qui adresse à la famille du
dernier poilu les "condoléances de la Nation".
Nicolas Sarkozy dit s'incliner, à travers Lazare Ponticelli, devant les 8,5 millions de "poilus" qui "répondirent avec un courage quotidien admirable à l'appel de la patrie envahie".
"Nous avons le devoir de marquer notre gratitude envers l'ensemble des combattants de tous grades, de toutes origines, de toutes confessions, qui ont offert la victoire à la France", ajoute
le président de la République. "Nous avons le devoir de nous souvenir qu'en dépit de la mort de 900 soldats par jour pendant plus de quatre ans, notre pays a tenu jusqu'au bout."
Avec Lazare Ponticelli et Louis de Cazenave, la France a perdu en un mois et demi ses deux derniers acteurs directs de cette guerre meurtrière.
Emmanuel Jarry
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